24/12/2025
El Hadji Mbolle Seck, fils de Mateugue Seck et Aminta Mbengue, est né en 1932 à Merina Diop. Il était issu d’une fratrie de cinq (5) sœurs. Son enfance se déroula entre Merina Diop, Khambala Fall, Nguène Sarr, Maka Bragueye et Louga, plus précisément au quartier Montagne, où il vivait avec ses parents.
À la mort de son père, Mateugue Seck, virtuose reconnu de la percussion, Mbolle fut pris en charge par son oncle El Hadji Maguette Dieng, tambour-major de Louga. C’est auprès de lui qu’il forgea son art et son caractère, héritant d’un riche patrimoine culturel et musical.
El Hadji Mbolle Seck contribua grandement au rayonnement culturel de Louga. Excellent orateur et percussionniste hors pair, il anima, aux côtés de Mademba Diop, le célèbre Cercle de la Jeunesse de Louga, avec lequel il parcourut le monde : Finlande, France, Mexique, entre autres. Ce cercle remporta de nombreux titres prestigieux sur les scènes nationales et internationales.
Après la scission du Cercle de la Jeunesse, il participa à la création du Ngalam de Louga, une formation qui, durant de longues années, œuvra à faire connaître le Ndiambour dans toutes ses dimensions culturelles.
Mbolle Seck fut également un témoin privilégié de l’évolution politique du Sénégal, accompagnant son oncle El Hadji Maguette Dieng, griot attitré du président Léopold Sédar Senghor et du maire Moustapha Cissé. Après le retour de son oncle du pèlerinage à La Mecque décision marquante au cours de laquelle ce dernier renonça à battre le tam-tam et remit tous ses instruments à son neveu, Mbolle Seck s’imposa naturellement comme héritier de cette lourde responsabilité.
En septembre 1969, Mansour Bouna Ndiaye Abdou Diouf vinrent le solliciter pour devenir leur griot. Grâce à son talent, son éloquence, sa fidélité et son courage, il s’imposa sans équivoque.
Il côtoya de grandes figures de l’histoire sénégalaise : Léopold Sédar Senghor, Moustapha Cissé, El Hadji Thierno Fall, Moussé Daby Diagne, Birahim Gallo Fall, Habib Thiam, ainsi que de grands guides religieux tels que Cheikh Fall Baay Goor (rta) et Serigne Abdoul Ahad Mbacké (rta).
Confident du président Abdou Diouf, Mbolle Seck était parfois consulté sur certaines décisions. Le président Diouf lui transmit également une profonde connaissance de l’histoire politique du Sénégal et de la ville de Louga. Mbolle fut le griot incontournable du Parti Socialiste à Louga ; son fils cadet porte d’ailleurs le nom du président Diouf.
Sa relation avec Mansour Bouna Ndiaye dépassait largement le cadre politique : elle était fraternelle et sincère. C’est ainsi que plusieurs de ses enfants portent les prénoms de la famille Ndiaye : Mansour Bouna Seck, Oumou Ndiaye Bouna Seck, Fama Ndiaye Bouna Seck.
Par leur courage et leur engagement, Mansour Bouna Ndiaye et El Hadji Mbolle Seck ont profondément marqué la vie politique de Louga et du Sénégal. Mansour fut un leader de génération généreux, courageux, dynamique, ouvert et accessible tandis que Mbolle Seck demeura un griot intrépide, téméraire, tambour-major charismatique et harangueur de foules.
Malgré les fortes tensions politiques à Louga, El Hadji Mbolle Seck resta fidèle à Mansour Bouna, au prix parfois de critiques et de dénigrement. Un jour, invité par un grand homme politique à un meeting, on lui demanda de chanter une chanson qu’il avait composée contre lui lorsqu’il soutenait Mansour. Par courage et intégrité, il la chanta sans changer un seul mot, devant toute la foule :
« Keutiou loumou rab thi diguém leu dieum,
Gaïndé rayna Mbame Biig »
Par ces paroles, il dénonçait l’égoïsme de certains politiciens opposés à Mansour.
Grand parolier, Mbolle Seck laissa des vers mémorables, tels que :
« Benn gayet takkube néeg, bu doon ñaar mu sumburmbaan »
où il évoquait sa condition de fils unique entouré de sœurs, symbole de résilience et de réussite.
Ou encore :
« Maciit cim maciit, du ma maac sumpub daaw di macub maciit »
dans un contexte politique précis, et
« Goto goto yakhoul derou beuy »,
affirmation de sa maîtrise artistique et de sa légitimité comme tambour-major de Louga.
El Hadji Mbolle Seck fut la force du verbe, un virtuose de la percussion, créateur de rythmes et de « backs » encore utilisés aujourd’hui par de nombreux artistes sénégalais. Il savait galvaniser les foules au point que d’autres griots lui dédièrent une chanson intitulée « Décoré Lèn ».
Il s’éteignit le 26 février 1985 à l’hôpital Abass Ndao de Dakar et fut inhumé à Touba, aux côtés de son marabout Serigne Cheikh Fall Baay Goor. Il entretenait également une relation particulière avec Serigne Kosso Mbacké.
El Hadji Mbolle Seck fut un homme de Jom, Kersa et Ngor.
PAR - MAKHTAR BOUNA NDIAYE
PAGE MANSOUR BOUNA NDIAYE