05/03/2026
Compte rendu du livre ‘Le Zohar', anthologie traduite, établie et présentée par Michaël Sebban, paru aux éditions Bouquins, 2025.
Dans un style déstructuré, souvent inintelligible et même maladroit, A. Chouraqui avait publié autrefois une traduction de la Bible (1990) qui avait suscité une curieuse fascination chez les lecteurs de l’époque. Par certains côtés, cette anthologie du Zohar peut malheureusement y faire penser. Ce que nous aurions souhaité honorer comme un événement éditorial et surtout spirituel, compte tenu de l’importance considérable de ce corpus central de la kabbale juive, nous apparaît hélas, comparé au travail savant et éclairant de Mopsik, pour le moins contre-productif. La manière de présenter le texte est déjà problématique dans la mesure où celui-ci est précédé de courtes introductions qu’on devine être du traducteur (M. Sebban) et entrecoupé de notes de ce dernier! Puisqu’il s’agit d’un “choix de textes” (p. XXII), certains passages n’ont pas été traduits comme ceux très importants sur Hénoch dont nous avons souligné régulièrement le rôle capital dans la tradition ésotérique juive... Mais le plus grave réside dans la traduction elle-même. On rappellera ici qu’un traducteur ne doit pas seulement connaître la langue qu’il traduit, il doit surtout parfaitement maîtriser la langue vers laquelle il traduit. Une bonne traduction ne doit donc en aucun cas être littérale, elle doit être une transposition, une adaptation qui doit avant tout respecter la signification et la profondeur de l’original, surtout dans le cas spécial du Zohar qui a vocation à dévoiler le sens caché de la Tora. La portée métaphysique du texte clairement perceptible dans la traduction de Mopsik est ici imperceptible, ce qui le rend par conséquent inutilisable. Le non-respect élémentaire de la syntaxe française donne des phrases écrites dans un style télégraphique particulièrement désagréable qui frôle le charabia. Une phrase de la Genèse (12, 11) est par exemple traduite: “je savais que femme belle d’aspect toi” (p. 100), ce qui n’apporte rien et rend même cette lecture insupportable dans la mesure où la quasi-totalité de l’ouvrage est traduite de cette façon. La formule “nous briquetterons des briques” (p. 85) fera penser à celle de Chouraqui “la terre gazonnera du gazon” (Gn 1-11)... On s’interrogera donc sur les conditions dans lesquelles cette édition a pu être dirigée! Alors qu’il existe au moins deux traductions complètes du Zohar en anglais, il convient dans les circonstances présentes d’insister sur le fait qu’une édition critique intégrale en français du Zohar par une équipe compétente serait indispensable dans notre pays où le Bahir fit son apparition au XIIe siècle! Celle-ci pourrait enfin donner une base solide à la recherche sur l’ésotérisme hébraïque.
Patrick Geay