06/11/2025
Tensions post-électorales:
Comment Denise Fampou a échappé à la mort
Immédiatement après la proclamation officielle des résultats de la présidentielle 2025, des manifestants scandant des slogans à la gloire d'Issa Tchiroma Bakary ont pris pour cible les domiciles de deux cadres du Rdpc, notamment celle de Madame le maire de Douala 2. Elle n'aura la vie sauve que par sa foi en Dieu.*
Tout commence le 12 octobre 2025. Alors que les 31 600 bureaux de vote disséminés sur l’ensemble du territoire national s’activent à acheminer leurs procès-verbaux vers les différents sièges communaux d’ELECAM, le groupe nommé "Union pour le Changement 2025", dont le choix du candidat Issa Tchiroma avait été clairement formulé, publie un communiqué dans lequel il annonce la victoire de son protégé.
« La remontée des résultats venant des quatre coins du pays ainsi que de l’étranger annonce un verdict sans appel : le candidat consensuel du peuple, Issa Tchiroma Bakary, est vainqueur de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 avec un pourcentage oscillant entre 60 et 80 % dans plusieurs bureaux de vote.» C’est ce qu’affirment Ekane Anicet et Djeukam Tchameni, quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote, sans en apporter la moindre preuve.
Les deux leaders de l’Union pour le Changement 2025 vont plus loin en appelant « *le peuple camerounais à rester mobilisé pour défendre vigoureusement sa victoire et à prendre en main son destin.*»
« Défendre vigoureusement » signifie : « protéger avec force, énergie et fermeté.»
Issa Tchiroma Bakary et ses alliés venaient ainsi de donner le ton de ce qui s’apparentait à un appel au trouble à l’ordre public, voire à une insurrection.
Quelques jours plus t**d, depuis son domicile de Garoua, Issa Tchiroma invite les Camerounais à descendre dans la rue le dimanche 26 octobre à 15 heures, pour « défendre » sa victoire. Il parle alors de « marches pacifiques ». Mais ce qu’il ne dit pas, c’est qu’aucune marche pacifique ne peut protéger une prétendue victoire avec force, énergie et fermeté.
À New-Bell, comme ailleurs, les partisans d’Issa Tchiroma, qui ne cachent pas leur sentiment communautariste et leur repli identitaire, décodent rapidement le message de leur champion, en français facile, en fulfulde et en haoussa : il s’agit de descendre dans la rue pour défendre leur victoire, avec force, énergie et fermeté.
C’est ainsi que, le dimanche 26 octobre 2025, New-Bell la cosmopolite, important bastion des congénères du candidat Tchiroma, connaît les premiers effets des marches pacifiques. Nouveau-Terrain, New-Bell Haoussa-Centre, Nkololoun Dernier-Poteau, Shell New-Bell, New-Bell Cimetière... tous ces quartiers sont pris d’assaut par des « casseurs pacifiques » déterminés à exprimer avec force, énergie et fermeté leur volonté de tout détruire pour « défendre vigoureusement » la prétendue victoire d’Issa Tchiroma.
Le bilan de la journée du 26 octobre est sans appel : la brigade de gendarmerie de Nkololoun est attaquée, des véhicules des forces de maintien de l’ordre sont incendiés, policiers et gendarmes blessés, quelques « casseurs pacifiques » tués par balles.
Des mercenaires en mission
Le décor de l’insurrection était ainsi planté à la veille de la proclamation officielle des résultats par le Conseil constitutionnel.
Le lendemain, 27 octobre 2025, aux environs de 12heures, Clément Atangana déclare Paul Biya vainqueur de la présidentielle, avec 53,66 % des voix. La colère des partisans d’Issa Tchiroma explose aussitôt : ils décident de passer à la vitesse supérieure.
À New-Bell, au-delà des violences perpétrées çà et là, les manifestants ciblent deux cadres du RDPC : Me Denise Fampou et le Dr Roger Njitchoua. Au lieu-dit Trois Arbres, l’immeuble abritant le QG de campagne du 2ᵉ adjoint au maire de la ville est vandalisé. Le domicile Le domicile familial du Dr Roger Njitchoua est également pris pour cible. Sa famille est agressée ; l’une de ses nièces est blessée à la tête.
À 400 mètres de là, réside Madame le Maire. La situation y est plus préoccupante. Les assaillants semblent déterminés à accomplir leur mission. Une première attaque est menée par des individus à moto. Selon des témoins, il s’agit de « babanas » armés de cocktails Molotov, qu’ils lancent sur le domicile de Denise Fampou. L’effet est immédiat : la barrière et une partie de la toiture du garage prennent feu.
Les voisins de Madame le Maire accourent et parviennent à maîtriser les flammes. Un cordon de sécurité est érigé autour de la maison. Habillés de chasubles vertes, les voisins affichent leur détermination à protéger celle qu’ils considèrent comme leur mère.
Terrifiée, Denise Fampou assiste à la scène. Des appels au secours sont lancés en direction des forces de défense et de sécurité (FDS), qui arrivent alors que les assaillants, regroupés à une cinquantaine de mètres du domicile, au lieu-dit Carrefour Marché Oignon, préparent une seconde attaque. Les forces de défense les dispersent par des tirs de sommation, appuyées par les voisins.
Face aux FDS, les assaillants reculent, mais ne renoncent pas. Ils patientent, guettant le moment propice. Ce moment survient lorsque les forces de défense, convaincues du courage des voisins, décident de se redéployer sur d’autres fronts où leur présence est requise.
Les FDS décampent donc du domicile de Madame le Maire, espérant que ses voisins sauront contenir le danger toujours latent.
Peu après, le Cercle municipal de Douala 2ᵉ est attaqué et vandalisé. Le matériel roulant qui y était stationné est incendié, notamment le véhicule de Dame Tchoundja, officier d’état civil, et surtout la tractopelle, outil essentiel à la collecte des ordures dans la cité.
Après cette attaque, les assaillants se dirigent vers le domicile de Denise Fampou, rejoignant ceux qui avaient déjà mené deux assauts infructueux. La troisième attaque sera décisive. Dépassés en nombre et débordés par la violence, les voisins de Madame le Maire perdent la bataille. Armés de gourdins et de machettes, les partisans d’Issa Tchiroma accomplissent enfin leur mission.
À défaut d’incendier la maison, ils la saccagent et emportent tous les objets de valeur. Réfugiée dans sa chambre, Madame le Maire n’attend plus que l'exécution de la sentence de mort qui semble imminente. Tandis qu’elle récite sans relâche le psaume 23, de nouveaux appels au secours sont adressés aux autorités. Les FDS reviennent en urgence. Avec l’aide de quelques voisins, elles s’engouffrent dans ce qu’il reste du domicile pour sauver Denise Fampou des griffes de ses agresseurs.
Ainsi est tombé l'un des symboles marquants du développement et du bien-être dans la ville de Douala. Denise Fampou est tombée dans les griffes des « casseurs pacifiques », sans pour autant renoncer à ce qu’elle a de plus cher : son amour pour New-Bell.
Le 28 octobre, elle revient sur les lieux où elle a failli perdre la vie, comme pour signifier à ses bourreaux qu’elle a marché dans la vallée de l’ombre de la mort et qu’elle en est sortie victorieuse.Face aux partisans de Tchiroma, elle a reçu l’onction de Dieu. Chrétienne convaincue, elle sait qu’elle ne manquera de rien, malgré les pertes subies. Elle croit avoir été sauvée de la haine pour être conduite vers de verts pâturages. Et surtout, elle n’entend pas trahir sa loyauté ni sa fidélité au RDPC et à son champion.
Avec Dieu, Denise Fampou est rassurée : elle sera encore là pour les combats futurs. Elle continuera à mener le bon combat, celui de l’amélioration des conditions de vie des populations de Douala 2ᵉ.
LA VOIX DE NEW-BEL